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Rencontre

T’es accro à ton smartphone?

Réseaux sociaux, services de messagerie instantanée, plateformes de streaming vidéo ou portails web sont utilisés de manière intensive par la jeune génération. Alors que l’addiction guette, la résistance s’organise.

Quel parent n’est jamais entré en conflit avec sa progéniture en raison d’un usage excessif des nouvelles technologies? L’accès des jeunes aux écrans, longtemps limité au poste de télévision familial, a récemment explosé avec la généralisation des smartphones, tablettes et ordinateurs portables. A tel point que la notion de cyberaddiction – ou cyberdépendance – s’invite de plus en plus souvent dans les débats et les médias. La consommation d’internet peut-elle vraiment se comparer à celle de substances comme les drogues, le tabac ou l’alcool?

Par la voix de Célestine Perissinotto, chargée de projet spécialisée dans les nouvelles technologies, le Groupement romand d’études des addictions (GREA) nuance quelque peu: «La notion de cyberaddiction divise la communauté scientifique et reste sujette à controverse. Tant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) que l’Association américaine de psychiatrie, les deux références internationales en la matière, ont pour l’instant renoncé à valider le diagnostic d’une addiction à internet. Pour notre part, nous préférons parler d’hyperconnectivité ou, en cas de problèmes avérés, d’usage excessif ou d’utilisation problématique des écrans.»

Consultations en hausse

Au-delà des questions de terminologie, les inquiétudes n’en restent pas moins légitimes: «Le GREA regroupe 23 institutions et près de 450 membres individuels, majoritairement des professionnels travaillant dans le domaine des addictions et de la santé. Nos sondages internes sont formels: bien qu’il s’agisse d’un phénomène encore marginal, les consultations en lien avec l’utilisation d’internet et des nouvelles technologies sont en constante augmentation», prévient la spécialiste.

Une situation que la Confédération ne prend pas à la légère. Sur mandat de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), le GREA et son homologue alémanique Fachverband Sucht coordonnent depuis 2011 un groupe d’experts chargés d’analyser et de documenter les évolutions de l’hyperconnectivité et des problèmes qui peuvent en découler. «En mai 2020, nous allons également publier, sur le plan suisse, toute une série d’outils à l’attention des travailleurs sociaux, médecins, psychologues ou infirmiers concernés par la problématique. Cette dernière étant relativement récente, les professionnels sont encore peu outillés pour y faire face. L’objectif est de leur donner des pistes d’intervention», explique Célestine Perissinotto.

Risque d’isolement social

Mais comment les parents peuvent-ils reconnaître un comportement compulsif, voire pathologique? «Il existe une certaine tendance à diaboliser les nouvelles technologies et à dramatiser l’utilisation des écrans, qui deviennent alors prétexte à justifier l’ensemble des tensions familiales. La plupart d’entre nous y consacrons pourtant plusieurs heures par jour, sans que cela ne génère de mécanismes addictifs. Dans les faits, il est difficile de définir précisément et quantitativement une durée à partir de laquelle l’usage des médias électroniques poserait réellement problème», observe la chargée de projet. Les symptômes généralement admis sont autant d’ordre physiologique que psychologique: négligence de l’hygiène personnelle, alimentation irrégulière, insomnies ou troubles du sommeil, sentiment de vide, d’anxiété ou d’irritabilité lorsque la connexion n’est pas possible, désintérêt pour toute activité hors ligne et isolement social. Prendre contact avec une association ou son médecin de famille est alors vivement recommandé.

«Bien que ces symptômes concernent toutes les tranches d’âge de la population, les adolescents sont plus vulnérables. Ils traversent une période de construction psychique durant laquelle les capacités d’autorégulation ne sont pas totalement acquises», affirme Célestine Perissinotto, avant de conclure sur une note positive: «Selon une étude publiée en 2019 par la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, la grande majorité des jeunes Suisses vivent la connexion permanente de manière essentiellement positive, tout en étant conscients de la nécessité d’établir des règles et des limites pour la gérer. Ils réfléchissent plus que les adultes à leur utilisation d’internet et restent fortement attachés aux interactions sociales dans le monde réel.»

Chiffres-clés

7,4 %
Proportion des Suisses de 15 à 34 ans à présenter une utilisation problématique d’internet (Monitorage suisse des addictions 2015)
99 %
Proportion des Suisses de 12 à 19 ans à posséder un téléphone portable (étude James 2018)
4 heures
Durée moyenne passée quotidiennement sur le web par les Suisses de 16 à 25 ans (étude CFEJ 2019)
Célestine Perissinotto, chargée de projet spécialisée dans les nouvelles technologies au Groupement romand d’études des addictions.

Célestine Perissinotto, chargée de projet spécialisée dans les nouvelles technologies au Groupement romand d’études des addictions.