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Smart cities

«Smart cities»: de nouveaux défis pour BDO

Les administrations publiques développent des projets digitaux dans des structures qui demandent à être repensées. Entretien avec Jacques Blanc, responsable romand des prestations de conseil aux administrations publiques ainsi que du développement et de la coordination pour les projets «Smart and Sustainable Cities» mis sur pied par BDO au niveau mondial.

Monsieur Blanc, vous êtes pour BDO en Suisse romande le responsable du développement des prestations de conseil aux administrations publiques et en particulier des projets «smart cities». Expliquez-nous les enjeux.

La digitalisation bouleverse tous les aspects de notre vie quotidienne. Tout évolue de plus en plus rapidement, en particulier les structures sociales, les modèles économiques, l’accès au savoir, le sens et la valeur du travail. Ces facteurs de changement induisent de nouveaux comportements, génèrent de nouvelles attentes et créent de nouveaux besoins. Les villes et les communes doivent adapter leurs services et leurs prestations tout comme réorganiser les structures administratives qui permettent de les offrir. Je pense notamment à tout ce qui touche à l’évolution démographique – vieillissement de la population – , au brassage de population et à ses conséquences sur l’organisation sociétale, à la diminution des ressources – dont les enjeux relatifs comme la distribution d’eau et d’énergie, la gestion des surfaces disponibles, la gestion des déchets et de l’assainissement – ainsi qu’à la disponibilité de nouvelles technologies permettant de gérer les infrastructures publiques de manière fort différente.

C’est donc dans ce contexte qu’émerge le concept des «smart cities»?

Oui, et qu’elles s’autoproclament «smart» ou non, l’idée pour les communes, est d’utiliser les nouvelles technologies. En particulier les technologies de communication pour interagir non seulement avec les habitants, afin de renforcer la proximité, mais également pour gérer les infrastructures de façon plus «intelligente», plus efficiente et plus économique.

Cependant, cet aspect «technologique» n’est pas une fin en soi. Le réel enjeu, pour une commune, est de définir pourquoi elle souhaite l’utiliser. La seule, la vraie question est de déterminer en quoi cette technologie sera utile et nécessaire pour améliorer la qualité de vie. Cela nécessite une nouvelle approche de la gestion et de la prise de décision politique.

Quels défis attendent les administrations publiques?

Vous l’imaginez, ces défis sont nombreux. Les communes doivent être en mesure d’élaborer une vision du développement en intégrant tous ces changements et répondre parallèlement à de nouvelles questions d’ordre éthique, financières, réglementaires. Pour prendre des décisions qui concernent ces nouveaux domaines elles devront s’appuyer sur des compétences internes existantes ou à développer.

Aujourd’hui, non seulement les villes ont un impératif «intelligent» à remplir, mais également durable, ou autrement dit, d’intégrer la durabilité dans leurs objectifs stratégiques.

L’exemple de la Ville de Pully, illustré à la page suivante, est parlant. Pully est une ville modèle, dans le sens qu’elle est une des premières villes en Suisse à mesurer de façon tout à fait transparente différents indicateurs afin de faire le point actuel de sa situation en terme «d’intelligence et de durabilité». En l’occurrence les indicateurs utilisés sont ceux qui ont été développés par l’UIT (Union Internationale des Télécommunications), dans le cadre du projet U4SSC (United for Smart and Sustainable Cities) de l’ONU.

Comment BDO peut-elle les accompagner? Avec quels outils?

BDO est en mesure d’intervenir à toutes les étapes de la chaîne de prise de décision du pouvoir politique, et d’en assurer la cohérence. Celle-ci commence par l’élaboration d’une vision – étape indispensable à la définition et à la mise en œuvre des mesures et des projets stratégiques pour la commune – et aboutit à la sélection et à la priorisation des investissements qui en découlent. Nous pouvons mobiliser des compétences en gouvernance et en organisation, afin d’accompagner nos clients dans la réorganisation des processus de prise de décisions et dans la mise en place des structures administratives plus «agiles» qui sont nécessaires. Nous pouvons enfin les conseiller dans tous les domaines réglementaires et financiers concernés par ces évolutions.

BDO collabore étroitement avec l’entreprise BG Ingénieurs Conseils SA (voir p. 21) qui dispose de compétences importantes dans l’accompagnement des villes pour le développement d’infrastructures «smart». Ensemble nous voulons appréhender le besoin dans sa globalité. 

La Ville de Pully mesure différents indicateurs afin de faire le point de sa situation en termes «d’intelligence et de durabilité».

 


 

Pully à la récolte de ses données

Thierry Lassueur et Gérald Pittet, respectivement chef des services industriels et du service informatique de Pully, ont entamé il y a plus de cinq ans une réflexion sur la numérisation de leur ville. Résultats? La technologie propose de nouvelles solutions efficaces et pratiques, mais le processus déclenché est avant tout humain. Rencontre.

 

«Smart? C’est notre collaboration à l’interne qui est devenue plus fluide, plus rapide, en un mot plus intelligente!» Thierry Lassueur, chef des services industriels, et Gérald Pittet, chef du service informatique, se réjouissent en effet de parler de la démarche qu’ils ont conjointement imaginée il y a un peu plus de cinq ans. «Nous avions collaboré à un projet hors-norme avec Swisscom – Pully fut l’une des premières villes en Suisse à avoir exploité des données de connexion aux antennes télécom pour analyser la mobilité dans son centre-ville en 2014 déjà – et d’autres ressources, comme les logiciels open source, nous ouvraient de nouvelles perspectives dans la gestion des réseaux d’eau ou d’électricité par exemple», se souvient Thierry Lassueur. «Même si nous n’avions à ce moment-là pas encore identifié quelle forme prendraient ces évolutions digitales, nous savions qu’il fallait anticiper et préparer un réseau qui puisse supporter un gros volume de données», ajoute Gérald Pittet.

Dynamique «smart»

Les entretiens menés au sein des différents services permettent alors de prendre conscience des besoins et des potentiels futurs pour Pully. C’est le portrait d’une administration qui veut utiliser les technologies de l’information pour offrir des prestations adaptées aux attentes des habitants et améliorer le travail des employés qui s’esquisse. «Humaine, conviviale, pratique et efficiente: ces quatre valeurs ont été au cœur de toutes les discussions et validées par la Municipalité. Elles nous servent de boussole pour évaluer les progrès technologiques. Un guichet virtuel et une plateforme à destination des personnes âgées ont déjà été mis en ligne. Les autres prestations concernent avant tout des outils de gestion interne», complètent Thierry Lassueur et Gérald Pittet.

La commune voisine de Lausanne a encore récemment renforcé son rôle de pionnière en participant à l’initiative U4SSC, «Unis pour des villes intelligentes et durables». Elle vient de publier «Pully à la loupe», un rapport qui mesure son niveau de numérisation et de développement durable selon un set d’indicateurs issus des Nations Unies dans des domaines aussi variés que la sécurité, la mobilité, l’accès à internet, la gestion des déchets, l’éducation, etc. Un outil qui, pour les deux chefs de service, permet de prendre de la hauteur: «Les mesures ont mis en évidence les points sur lesquels concentrer nos efforts, notamment dans la mobilité douce et la consommation énergétique des bâtiments publics».

Pully, une commune pionnière en matière de smart city

 


 

La cité du futur? Avant tout de l’ingénierie

Présente sur tout le territoire suisse, BG est une société d’ingénieurs conseils qui se profile dans l’accompagnement des villes et des communes dans leur stratégie dite «smart». Pourquoi mesurer et récolter des données? Des réponses découlent de nombreux champs d’action possibles. Entretien avec Guillaume Massard, partenaire et chef d’unité Bâtiment Énergie et Territoire chez BG.

 

Fondée en 1954 à Lausanne, BG conseille une clientèle essentiellement basée en Suisse et en France dans le développement de projets de construction efficaces et durables. «Nous sommes actifs depuis plus de vingt ans à l’échelle d’une ville, d’un quartier ou d’une commune pour tout ce qui touche à la planification des réseaux, de la mobilité, des infrastructures ou du suivi de parcs bâtis. La digitalisation est venue ajouter de la complexité et des opportunités, ce qui nous demande de nouvelles compétences transversales», commence Guillaume Massard, ingénieur en environnement et chef de l’unité Bâtiment Énergie et Territoire chez BG.

Stratégie digitale

Les défis posés par la numérisation obligent en effet les ingénieurs à quitter la zone confortable de l’élaboration de plans, des calculs et des statistiques où ils excellent. «Nous démarrons des collaborations avec l’EPFL ainsi qu’avec BDO afin de définir des indicateurs adaptés à notre contexte national.» Guillaume Massard place le débat bien en amont de la sécurité des données. «Le plus pertinent est de déterminer pourquoi les administrations publiques qui nous mandatent veulent mesurer et récolter des données. Ces dernières nous demandent avant tout de les aider à comprendre ce qu’une stratégie digitale signifie à leur échelle.»

Le concept même des «smart cities» vise des solutions durables à l’aménagement du territoire, à l’approvisionnement en énergie, en bref à être efficace dans toutes les activités qu’offre une ville, y compris une économie locale florissante! Piloter un réseau d’eau à distance, mettre sur pied un guichet 2.0 pour les administrés ou un service de mobilité à la demande: les indicateurs choisis pour évaluer toutes les entrées du cahier des charges d’une commune ou d’une ville jouent un rôle primordial dans l’établissement de la feuille de route vers une digitalisation étendue de ses services. «Une municipalité va ainsi se recréer petit à petit: mutualisation et évolution des compétences? Éclairage intelligent? Mesure de la pollution urbaine en temps réel? Mais la manière la plus efficace et rationnelle de faire évoluer des systèmes de gestion ou de collecter des données sur un territoire ne passe pas forcément par des solutions technologiques. Développons de l’intelligence au bon endroit et surtout de manière collective!» conclut Guillaume Massard.

bg-21.com

BG Ingénieurs Conseils a réalisé les équipements et la gestion des données du M2, premier métro automatique de Suisse. L’entreprisetravaille aujourd’hui sur le métro M3 et sur la mobilité intelligente de l’agglomération Lausanne-Morges.

Jacques Blanc, Partner Directeur du conseil d’entreprises de BDO pour la Suisse romande

Jacques Blanc, Partner Directeur du conseil d’entreprises de BDO pour la Suisse romande