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Succession d’entreprise

Quand le patron prend sa retraite

Vendre une entreprise se prépare minutieusement. Faire appel à un conseiller expérimenté et spécialiste de ce genre de transaction augmente les chances de succès et permet, en général, de finaliser la succession à de meilleures conditions. De l’organisation de sa société pour la vente, à la prospection d’acheteurs potentiels, BDO a accompagné Jean-François Charmoy dans ce processus.

«Au moment de signer le contrat de vente, je n’ai pas hésité. J’avais le sentiment que c’était la bonne chose à faire et qu’il n’y aurait pas d’occasion plus belle ou plus juste.» Jean-François Charmoy a vendu son entreprise de paysagisme située à la Croix-sur-Lutry à la fin de l’année 2015. L’entrepreneur se rappelle de la complexité juridique et fiscale du processus, sans oublier une forte dimension émotionnelle. «La pire des idées aurait été de tout vouloir faire soi-même. Un patron est bon dans la gestion au quotidien. Mais le risque de manquer d’objectivité est grand. Ce métier-ci, celui de vendre mon entreprise, je n’aurais pas su le faire.» BDO, qui était l’organe de révision de J.-F. Charmoy SA de longue date, l’a aiguillé vers son département Corporate Finance.

Transmettre dans de bonnes conditions

Le père de l’entrepreneur avait fondé une petite entreprise de paysagisme à la fin des années quarante. Jean-François Charmoy y a appris son métier, après s’être d’abord intéressé à l’économie d’entreprise. «J’ai repris la société au début des années huitante, alors que la concurrence grandissait. Il fallait repenser notre modèle d’affaires.» Depuis la Croix-sur-Lutry, l’entreprise s’est ainsi positionnée parmi les trois plus grands acteurs de la branche en Romandie. Jusqu’à atteindre quelque septante employés. «Nous étions certes des jardiniers-paysagistes mais nous pouvions offrir toute la palette des travaux extérieurs: de l’étude de ­faisabilité aux verdissements en passant par les gros travaux de terrassement et de construction», résume le retraité, qui cite fièrement l’aménagement du parc du Musée Chaplin, ainsi que de ses accès extérieurs, comme un beau projet de fin de carrière. «J’ai vu beaucoup de patrons s’accrocher à leurs responsabilités et leur statut. De mon côté, je ne voulais pas mourir au bureau. Il fallait que j’envisage la suite sérieusement, avec les meilleures cartes possibles en main.» Au moment d’abattre celles de sa succession, Jean-François ­Charmoy s’est trouvé devant une équation multifactorielle: une entreprise que ses enfants ne se voyaient pas diriger, en bonne santé économique et trop grande pour être reprise par les concurrents régionaux ou les cadres internes. Comment vendre? A qui? Dans quelles conditions?

Assurer l’avenir de l’entreprise

C’est Charles-Henri Benoit, responsable du département Corporate Finance de BDO Suisse romande, et son équipe aux compétences multidisciplinaires qui ont accompagné Jean-François Charmoy. «Dans un ­premier temps, il s’agit pour nous de comprendre le métier du vendeur, de connaître son marché et ses concurrents.» BDO analyse ensuite les comptes de l’entreprise, puis les retraite afin d’obtenir des comptes économiques et réels de celle-ci. Comment est-elle structurée? Le patron a-t-il délégué des responsabilités? Est-ce que le modèle d’affaires est clairement explicable et orienté vers le futur? Ce dernier prend-il en compte les nouveaux modes de fonctionnement, tel que la digitalisation, par exemple? Jean-François Charmoy jette un regard lucide sur cet exercice: «Monter le dossier a été très exigeant. J’ai été mis face à la réalité de mon entreprise.» Charles-Henri Benoit acquiesce et ajoute: «Cette manière de faire, propre à chaque type d’entreprise, nous permet d’aider notre client à améliorer l’organisation de son entreprise, dans le but de la valoriser et de lui assurer son avenir. Avec notre client, nous définissons le profil type des acheteurs potentiels que nous allons contacter.»

Une vente réussie

Dans le cas de l’entreprise J.-F. Charmoy SA, BDO a prospecté du côté des grands jardiniers-paysagistes en Suisse et des entreprises de construction. C’est le groupe Zuttion, basé à Neuchâtel, qui s’en est porté acquéreur à la fin de l’année 2015. Le processus aura duré moins d’un an. «L’état d’esprit de la discussion m’a convaincu. J’avais en face de moi un entrepreneur qui me ressemblait dans son approche. Transmettre mon entreprise à un groupe qui allait lui permettre de continuer m’a réjoui», se rappelle le paysagiste à la retraite. Ses conseils aux patrons de petites et moyennes entreprises qui songent à prendre leur retraite? «Premièrement, une vente s’organise longtemps à l’avance, il y a un nombre incalculable d’éléments à planifier. Ensuite, il faut se préparer à ne plus être patron, c’est-à-dire à laisser faire les nouveaux responsables et devenir un simple retraité. Faire face au vide: il faut aussi se préparer à lâcher prise, ce qui est le chemin normal de la vie!»

«Mes trois conseils: préparer son dossier longtemps à l’avance, laisser diriger les nouveaux responsables et organiser sa retraite!»

Jean-François Charmoy, retraité et ancien propriétaire de J.-F. Charmoy SA