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Sylvain Calinon, responsable du groupe Robot Learning & Interaction à l’Idiap

L’institut IDIAP

Des robots et des hommes

Qu’elle soit industrielle ou destinée aux particuliers, la robotique de précision innove constamment et multiplie les applications possibles. L’institut de recherche Idiap participe activement à l’effort collectif.

Un robot-raclette? L’idée ne pouvait être que valaisanne! C’est à Martigny, en effet, que l’institut de recherche Idiap – spécialisé en intelligence artificielle – a développé cette machine innovante. Quiconque a déjà tenté l’expérience peut certainement en témoigner: le geste du racleur nécessite précision, fluidité et même un certain savoir-faire, afin de délicatement déposer le fromage fondu sur l’assiette.

Les chercheurs de l’Idiap ont relevé le défi technique, qui repose autant sur la collaboration homme-machine que sur l’apprentissage par la démonstration. «A l’instar des humains, certains robots sont capables d’observer comment une tâche est réalisée afin de reproduire les mêmes gestes. Une autre option consiste à guider manuellement le bras du robot, qui pourra ensuite répéter l’opération et la généraliser», explique Sylvain Calinon, responsable du groupe Robot Learning & Interaction à l’institut valaisan.

Eddy Baillifard, ambassadeur du Raclette du Valais AOP, a joué le rôle du mentor, assistant le robot à plusieurs reprises et lui transmettant ainsi une partie de son ex­pertise. A partir d’une succession de mouvements légèrement différents, les algorithmes d’intelligence artificielle permettent à la machine de s’adapter à des circonstances changeantes, comme un fromage disposé différemment ou une demi-meule plus ou moins entamée.

Après une première apparition remarquée à la foire du Valais, le fameux robot-­raclette a attisé en janvier la curiosité – et l’appétit, à n’en pas douter! – des nombreux visiteurs du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, plus grand salon mondial de l’innovation technologique. «Une belle vitrine pour l’Idiap, d’autant que la préparation de chaque raclette nous ­laissait exactement le temps nécessaire à la présentation de notre projet», s’amuse Sylvain Calinon.

Intuitivité et flexibilité

Au-delà du clin d’œil à la fameuse spécialité culinaire helvétique, les applications sont nombreuses et ciblent autant les PME que les particuliers. «De par leur facilité ­d’apprentissage, sans passer par un langage de programmation, ces robots collaboratifs trouveront aisément leur place dans des entreprises manufacturières de taille modeste, où ils pourront régulièrement être assignés à des tâches différentes. Pour un coût d’environ 20 000 francs, leur flexibilité est très appréciable», précise le spécialiste.

Utilisés comme robots de service et ­d’assistance, il est même probable qu’ils intègrent prochainement notre quotidien. «En proposant une aide à l’habillement, par exemple, ils pourraient favoriser le maintien à domicile de personnes âgées ou en situation de handicap. Ou faciliter la ­rééducation physique d’un sportif après un accident. Les apports potentiels sont innombrables», se félicite Sylvain Calinon.

Le chercheur n’entrevoit pas pour autant une transformation de notre société à moyen terme: «Loin de l’imagerie véhiculée par les films de science-fiction, la robotique doit encore surmonter de très grands obstacles, tant au niveau logiciel que matériel. Nous y travaillons.»

Eddy Baillifard, ambassadeur du Raclette du Valais AOP, assistant le robot-raclette.

Spécialistes en intelligence artificielle très courtisés

Peu connu du grand public, l’institut Idiap figure pourtant à la pointe de la recherche mondiale dans les domaines de l’intelligence artificielle et des technologies de l’information. Fondé en 1991 à Martigny et partenaire de l’EPFL, il regroupe une douzaine de domaines d’applications consacrés notamment à la reconnaissance biométrique, à la robotique de précision, aux médias sociaux ou encore à la génomique. «Au-delà de la recherche fondamentale, nous prenons très à cœur nos deux autres missions que sont le transfert technologique et la formation. C’est pourquoi nous avons lancé le premier master universitaire en intelligence artificielle», se réjouit François Foglia, directeur adjoint de l’Idiap. Fruit d’un partenariat avec l’Etat du Valais et UniDistance, cette formation duale s’inspire du système suisse de l’apprentissage en combinant un enseignement universitaire et une activité professionnelle en entreprise. «C’est un moyen de répondre à la pénurie de professionnels qualifiés qui sévit en Suisse et partout dans le monde», souligne François Foglia, avant de glisser dans un sourire: «Et pour l’Idiap, une façon de répondre aux nombreuses sollicitations reçues par ses ingénieurs en recherche et développement, très courtisés par les start-ups du pays!»